Le réemploi d'équipements sportifs : un levier pour l'économie circulaire locale
Selon l'ADEME, près de 100 000 tonnes d'articles de sport deviennent des déchets chaque année en France, alors que le potentiel de réemploi est estimé à 50 %.

Deux structures – Lezprit Réquipe à Montpellier et la Recyclerie Sportive à Grenoble – documentent un modèle de collecte, réparation et remise en circulation qui répond désormais à des priorités territoriales très différentes: accès au sport, inclusion, mobilités. Pour un marché bordelais des objets publicitaires qui distribue encore massivement du textile sportif vierge floqué, ce parallèle mérite d'être posé: nos goodies ont une deuxième vie possible, à condition d'en connaître la traçabilité matière dès l'achat.
Le sport comme banc d'essai du réemploi
Le ratio parle de lui-même: seuls 7 % des équipements sportifs sont aujourd'hui valorisés, contre un potentiel estimé à 50 %. Lezprit Réquipe, association montpelliéraine créée en 2020 et soutenue par l'ADEME, la Métropole et la Région Occitanie, a collecté près de 700 tonnes de matériel depuis sa création. Le tri fait apparaître une progression nette: 12 tonnes réemployées en 2025, contre 4 tonnes en 2023, avec un objectif affiché de 20 tonnes pour 2026. La structure est l'un des deux centres nationaux de regroupement de la filière articles de sport, en partenariat avec Écologic, et déploie ses points de collecte dans l'Hérault, le Gard et l'Aude. Onze emplois ont déjà été créés. Flora Charny, responsable des activités de l'association, résume la méthode: « détourner un maximum d'articles de sport de la poubelle en les collectant, en les réparant, lorsque c'est possible, et en les remettant en circulation auprès de nouveaux utilisateurs ». Perrine Colomer-Régis, chargée d'économie circulaire à l'ADEME Occitanie, identifie les conditions réunies sur le territoire: « une forte culture sportive, une grande diversité de pratiques entre mer et montagne, ainsi qu'une politique volontariste en faveur du réemploi et de la réduction des déchets ».
Ce que l'acheteur bordelais doit documenter
À Grenoble, la Recyclerie Sportive s'appuie sur Fabricanova, coopérative métropolitaine qui mutualise les collectes entre plusieurs acteurs. En 2025, 12 tonnes de matériel ont été collectées, dont 10,9 tonnes réemployées – un taux de réemploi de 84 %. La structure anime des ateliers et permanences de co-réparation qui ont réuni près de 1 000 participants sur l'année, et remet en circulation skis, vêtements techniques, rollers, équipements nautiques ou de fitness. Pauline Trotereau, coordinatrice de l'antenne grenobloise, souligne l'enjeu social: « Nous habitons à trente minutes des montagnes, mais beaucoup d'habitants n'y vont jamais pour des raisons économiques ou culturelles. » Transposée à l'objet publicitaire textile, la mécanique est la même: mutualiser la collecte entre entreprises d'un même bassin, réparer plutôt que jeter, exiger une ACV documentée du support floqué. Le ratio durabilité/prix se vérifie alors à trois critères factuels – grammage, pays de fabrication, capacité de réemploi en interne – plutôt qu'à une étiquette « responsable » qui ne résiste pas à l'audit matière.