La transformation durable des entreprises : entretien avec Noa Shtang
Selon Noa Shtang, fondatrice d'EcoHubMap interrogée par Blue and Green Tomorrow, le paysage du « sustainable business » a plus bougé en cinq ans qu'au cours des quinze années précédentes: ce qui…

Selon Noa Shtang, fondatrice d'EcoHubMap interrogée par Blue and Green Tomorrow, le paysage du « sustainable business » a plus bougé en cinq ans qu'au cours des quinze années précédentes: ce qui relevait du label marketing volontaire est désormais intégré à la tarification des investisseurs, aux contrôles des régulateurs et aux grilles d'achat des entreprises. Pour une PME ou une ETI bordelaise qui commande des objets publicitaires et des textiles personnalisés, ce changement de statut se traduit par un point critique que Shtang résume sans détour: la vérification externe remplace progressivement l'auto-déclaration, mais le décalage entre la rhétorique et la mise en œuvre reste significatif.
Trois indicateurs qui cadrent le mouvement
Le premier chiffre marquant vient de B Lab: le nombre d'entreprises certifiées B Corp a plus que doublé depuis le lancement d'EcoHubMap, passant d'environ 4 000 à plus de 9 500 sociétés dans le monde. Le second provient du rapport US SIF 2024, qui évalue les actifs de l'investissement durable aux États-Unis à 6,5 billions de dollars — un volume suffisant pour expliquer pourquoi les directions générales ont basculé d'une logique « valeurs » vers une logique « allocation de capital ». Le troisième indicateur, issu des projections relayées par Shtang, situe la croissance du marché de la finance durable à environ 20 % par an jusqu'à la fin de la décennie. Trois ordres de grandeur qui redéfinissent le plancher minimum d'exigence pour tout fournisseur d'objets promotionnels revendiquant une démarche RSE.
Une mosaïque réglementaire qui complique l'audit
C'est précisément sur ce terrain que le bât blesse pour les acheteurs. Shtang relève que l'Union européenne a d'abord durci le cadre avec la directive CSRD, avant de le simplifier via le paquet Omnibus: les seuils déclaratifs sont désormais plus restreints et le projet de révision supprime plus de la moitié des points de données obligatoires. Dans le même mouvement, le Japon, Singapour, Hong Kong et la Chine déploient des reportings ESG alignés sur l'ISSB à partir de 2026. Résultat: un patchwork mondial où la contrainte se renforce à certains endroits et s'allège à d'autres — un casse-tête opérationnel pour les PME qui doivent auditer leurs fournisseurs textiles et leurs prestataires de goodies à l'étranger.
Trois réflexes pour un acheteur bordelais
La conséquence directe pour une commande bordelaise de textiles personnalisés ou d'objets publicitaires tient en trois réflexes. D'abord, exiger une certification tierce (B Corp, GOTS, GRS, Fair Trade) plutôt que de se fier à un logo vert sans numéro de licence vérifiable. Ensuite, demander l'analyse de cycle de vie du produit ou, à défaut, la composition exacte des fibres, le grammage et le lieu de tissage, d'ennoblissement et d'assemblage — trois postes qui pèsent l'essentiel de l'empreinte carbone d'un tote bag ou d'une gourde en acier. Enfin, intégrer le scope 3 transport dans le cahier des charges, car la CSRD, même simplifiée, maintient la pression sur les donneurs d'ordre européens. Le ratio durabilité/prix se joue désormais à cette granularité, pas au niveau du slogan commercial.